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    Mon corps a une histoire

    Le corps et (est) nous

    Chaque corps a une histoire. Notre histoire. Il porte les stigmates d'aventures d'enfants, de tristesse d'adolescents, de stress d'adultes et de fatigue des plus agés.

    Le corps encaisse, garde pour lui. Nous nous en préoccupons que très peu, finalement. Il nous déçoit. On voudrait être différent, avoir plus de... moins de...

    Et puis , il nous rend malade, fatigué, faible... et on lui en veut chaque jour de ne pas être en forme, de ne pas être pas assez musclé, assez mince, mieux formé...  de ne pas rentrer dans ce vêtement que nous voudrions tant porter. 

    Mais le corps est ce que nous faisons de lui : il est le reflet extérieur de ce que nous ressentons, de ce que nous mangeons. Le corps est nous.

    Plus qu'une enveloppe charnelle, qui ne servirait qu'à loger notre âme, il faut redonner au corps la place qui lui revient. Et surtout une attention particulière.

    J'y reviendrais probablement dans d'autres chroniques car ce sujet me tient à cœur (!) et me prend aux tripes (!).

    Ici, je souhaite évoquer la question des stigmates, des cicatrices, du regard que nous portons nous-même sur notre corps et sur son histoire. L'empreinte de notre vie sur notre peau.

    Pourquoi cette chronique ?

    Il y a quelques années, j'ai participé au projet d'un artiste, qui voulait sublimer les corps. Tel qu'ils sont. Sans artifice, sans jugement, sans diktat.

    Le projet m'a plu parce que je voulais, par ce projet, porter un message et peut-être aussi me réconcilier avec mon corps qui avait tant souffert.

    Souffert d'opérations essentiellement. Qui m'ont laissé des cicatrices sur l'ensemble de mon buste : dos, ventre, poitrine.

    J'ai eu parfois du mal à vivre avec, à la période de l'adolescence notamment, ou même encore aujourd'hui, j'ai du mal à accepter les dernières cicatrices qui sont arrivées, et ma plus grande peur est d'en voir d'autres nouvelles. Pourtant,  elle font partie de moi, de mon corps, de mon histoire. Cette chronique est une sorte de témoignage pour ceux et celles qui, comme moi, doivent accepter que notre histoire est écrit sur notre corps.

    Que ce soit suite à une blessure, à une grossesse, à une opération, ou même de naissance.

    Le corps et (est) les autres

    Aujourd'hui, et même par le passé, j'ai toujours sentie que c'était plus lié au regard des autres, qu'à mon regard à moi.

    Est-ce que le regard que l'on porte sur nous-même n'est-il pas finalement influencé par le regard des autres ? Soit par des remarques que l'on a pu entendre, soit parce que l'on a peur de ce que les autres vont penser....

    Je trouve ça moche parce que les autres vont trouver que c'est moche, parce que ce n'est pas esthétique, parce qu'ils vont demander ce que c'est et que je n'ai pas envie de leur répondre, parce que personne d'autre n'a ce genre de cicatrices, parce que ce n'est pas commun...

    Avant de porter un jugement trop sévère sur notre corps, ne devrait-on pas finalement regarder le corps des autres ? Tout les corps ont des marques, des cicatrices, des vergetures, de la cellulite....

    Tout le monde en fait, a des marques sur son corps. C'est ça finalement, la normalité, la banalité. C'est d'avoir chacun sa propre marque. 

    Le corps et l'image du corps

    Je ne ferai pas une dissertation sur la question du corps dans notre société. On nous présente aujourd'hui des corps retouchés, faux, retravaillés... mais ce sont aussi des corps qui souffrent d'un diktat de la beauté lisse et sans histoire.

    Pourtant on s'identifie à ces corps. On aimerait le même. Parce que l'on voit partout. Comme si c'était normal. Que les corps étaient tous comme ça, ou pire que tout les corps devraient être comme ça.

    Mais vous savez bien, comme moi, que non. Que ce n'est qu'artifice. Que tout cela est faux. Et quand dans les vie de tout les jours, personne ne ressemble à une image photoshop. 

    Mon corps et (est) mon histoire

    J,ai été complexée, J'ai été mal à l'aise, j'en ai souffert.

    Et même encore parfois aujourd'hui. Je me regarde dans la glace et je me dis "Ça le dégoûte pas ? Ça le dérange ? Il fait comme si de rien n'était, mais qu'est-ce qu'il en pense au fond ?" 

    Mais j'ai accepté.

    Mes cicatrices font partie de moi, de mon corps, je ne les vois plus, je les oublie et quand on en vient à me faire la remarque aujourd'hui. Je me dis « Ah oui, c'est vrai, il le sait pas ». Et puis j'explique ça, comme si j'avais fait une mauvaise chute et qu'on avait du me recoudre le genou. 

    Des fois il n'y pas de réaction ou alors on me pose plein de questions. Ou alors on me félicite d'être si courageuse. Mais en vrai aujourd'hui, n'importe quelle réaction me passe au-dessus. Je l'ai tellement intégré en mois qu'aucune remarque ne le changera. 

    Et puis on est dans la monde d'adulte aujourd'hui.

     

    Mais dans l'adolescence c'était vachement moins bienveillant. 

    « Baaah c'est quoi ? » avec le doigt qui montre et limite qui touche.

    Un moment comme ça s'est gravé en moi.

    Mais pourtant je ne me souviens pas de ce que j'ai répondu. 

    Mon corps est mon histoire : celle d'une malformation cardiaque de naissance, d'un entérocolite nécrosante , et enfin d'une ablation de la vésicule suite à une pancréatite. On compte 10 opérations en 30 ans (ok j'avoue, j'ai compté les dents de sagesse) et 12 cicatrices visibles. 

    Le courage d'accepter

    Elles sont là et font partie de moi. Si je suis en vie aujourd'hui c'est parce que j'ai du en passer par la.J'ai appris à vivre avec, d'une part parce que je n'avais pas le choix tout simplement, d'autre part parce que je suis fière de ce que j'ai (sur)vécu (quand même un peu de fierté ne fait pas de mal) et pour finir parce que être là aujourd'hui c'est conditionné à ces cicatrices sur mon buste.

     

    Alors c'est sur qu'elles sont mal placées. Mais que je peux les cacher, sauf en maillot de bain. 

    Les deux plus voyantes : celle au milieu de la poitrine et celle tout le long du ventre (tout ça dans le sens vertical) avec un petit répit de 3 ou 4 cm. 

    A 17 ans je me suis fait un petit piercing au nombril. C'était le début des années 200, trop la mode. J'étais contente de sublimer un peu mon ventre. Je me disais que les gens allait regarder le nombril et pas la cicatrice.  Puis à mes 23 ans, les chirurgiens se sont dit que passer par le nombril pour retirer la vésicule, c'était une super idée. Et j'ai jamais pu le remettre. 

    Bon vous me direz peut-être que c'est pas plus mal maintenant. Je sais pas si j'aurais encore assumé mon piercing en 2018. 

    J'ai toujours pensé que j'assumais pleinement, jusqu'au jour où récemment mes copines de collège-lycée-fac-vie d'adulte et de trentenaires,  m'ont dit un jour « Non mais Fan avant t'étais grave complexée tu mettais que des débardeurs ras le cou ».

    Des débardeurs ras le cou ? Ça devait être super joli n'empêche. So 2000's.

     

    Et puis j'ai peu à peu assumé en fait, pour de vrai.  Et je m'en suis rendu compte à mes dépends.

     

    Un jour que j'étais en salle d'attente à l’hôpital cardiologique, je devais avoir une vingtaine d'année. Je portais un pull coll-V, qui dévoilait donc une grande partie de ma cicatrice. En face de moi, un jeune garçon, j'ai envie de dire avec un col roulé mais c'est peut-être juste pour accentuer mon histoire, alors on va dire qu'il était habillé normalement.

    Bref, j'ai été appelé par le Cardiologue et quand je suis revenue, ma mère ma dit : « Le garçon en face de toi a dit à sa mère « T'a vu maman, on voit ça cicatrice, ça la dérange pas »

    Il avait la même que moi. Et en était complexé.

    Un autre fois, un peu plus tard, ma voisine de chambre après une opération m'expliquait son difficile rapport à sa cicatrice, pourtant elle en avait qu'une. Elle me disait choisir des vêtements en fonction et mettre des colliers pour cacher.

    Et là, je me suis sentie tellement chanceuse. D'assumer et d'accepter tout simplement.  

    Mon corps et (est) les autres

    Je pense que cette acceptation est aussi dûe en grande partie aux personnes qui m'ont entouré et mon aidé, sans s'en rendre compte, à accepter.

    Déjà parce que mon amie d'enfance avait une tâche sur le visage, qui s'est transformée en cicatrice aujourd'hui. On s'est sûrement aidé l'une et l'autre dans l'acceptation du regard des autres. Je pense même que c'est à l'origine de notre amitié sur les bancs de la maternelle. Et j'ai pris exemple sur elle, sur sa force, car elle ne pouvait pas la cacher comme moi avec des vêtements.

    En fait, de quoi je me plaignais ?

    Puis ensuite avec les amis, d'hier et d'aujourd'hui.Qui ne regardent plus, qui ne remarquent plus, qui oublient et qui ne font plus attention. Ou qui me disent que "ça ne se voit pas tant que ça en fait" (vous êtes pas obligés mais merci les copains)

    Ensuite avec les hommes dans l'intimité. Que ça n'a pas gêné, ou qui du moins avait assez de respect pour moi pour ne pas le faire remarquer. Je n'ai jamais eu d'histoire déplaisante à ce sujet. Forcément ça aide aussi dans l'acceptation.

    Puis mes parents et ma sœur tout au long de ma vie, et encore maintenant, m'ont protégé et aidé à vivre tout ça entouré d'amour et de confiance.

    Et donc ?

    Et donc, cette chronique ne vise ni à me plaindre, ni à me faire plaindre. Loin de là

    Cette chronique vise juste à vous dire d'accepter votre corps tel qu'il est et tel qu'il a vécu. De faire fis du regard des autres, mais surtout de VOTRE regard.

    J'ai pas envie de tomber dans le mielleux d'une morale à la Petite maison dans la prairie (Tout mon respect à Charles Ingalls)

    Je veux juste vous dire que c'est possible.

    Vous montrer que j'y arrive.

    Et dire merde aussi à ceux que ça gène.

    Parce que aujourd'hui, les plus gênés quand je suis en décolleté (le terme décolleté n'est peut-être pas trèsa ppropréi, on va dire un débardeur mais pas ras le cou, un débardeur normal!) j'ai l'impression que c'est eux, et pas moi. 

    Parce que quand je suis en maillot de bain et que je sens le regard des autres, je sais que c'est parce que ça pose question. Mais j'essaye de me dire que c'est juste parce que je suis grave sexy (l'auto persuasion ça marche pas mal) 

     

    On a tous des stigmates sur le corps. Des cicatrices au visage, au genoux, au coude, dans le dos, des vergetures de régimes ou de grossesses, de la cellulite, des cernes et des valises sous les yeux, des rides d'expression.. notre corps vit, survit, encaisse.

    Que celui qui n'a rien lève la main et je lui montrerai que justement sur cette main, il a un pli, une ride, une griffure. 

     

    Les cicatrices, les marques et tout le reste sont un témoignage de ce qu'on a vécu, elles ne sont pas un "charcutage" corporel, il ne faut pas les cacher, complexer. Même si elles renvoient à un mauvais souvenir, elles montrent que l'on s'est battu, qu'on a souffert, mais qu'on est encore là, encore plus vivant qu'avant. Il faut que ce soit une marque de fierté et non plus de honte. La fierté d'avoir souffert, la fierté d'avoir mis au monde, la fierté de s'en être remis, la fierté d'avoir vécu.